La Grue cendrée en France
Migrations et hivernage
Saison 2006/2007

Migration post-nuptiale 2006    Hivernage 2006-2007      Migration pré-nuptiale 2007
 

   

Depuis plusieurs siècles et jusqu’au milieu des années 1960, les effectifs de Grue cendrée ont subit une spectaculaire régression à l’échelle du continent européen. Parmi les divers facteurs en cause, les persécutions et la destruction des zones humides ont sans doute joué un rôle de première importance. L’accession au statut d’espèce protégée, la mise en place de réserves, la création de lieux de stationnement favorables et certaines évolutions des pratiques agricoles ont permis aux populations de cette espèce de croître de manière importante. Ainsi, la population a été multipliée par quatre entre le début des années 80 et aujourd’hui, croissance qui témoigne de l’efficacité d’une véritable politique de protection. Concernant la Grue cendrée, il convient toutefois de rester vigilant. En effet, la concentration d’effectifs importants sur un nombre limité de sites la fragilise. Que l’un de ces sites voie ses capacités d’accueil altérées, et les répercussions sur les populations en seront d’autant amplifiées. D’autres menaces pèsent sur cet oiseau : drainage et surexploitations des forêts nordiques (zones de reproduction), risques de collision avec les câbles électriques, effarouchement (voire collision) avec des éoliennes, dérangements sur les sites de stationnements et d’hivernage, intensification agricole en Espagne (zone d’hivernage)… Enfin, le risque d’épidémies n’est pas à exclure au sein de populations qui ont pour habitude de se concentrer à l’excès même temporairement sur de petites zones localisées.

Ces pages résument le déroulement de la migration de la saison 2006 – 2007. Cette synthèse a été rendu possible grâce aux nombreux observateurs de France et de nos pays limitrophes mais également grâce au Réseau Grues France. Ce dernier regroupe 59 organismes français  (liste des membres) portant intérêt à l’espèce.

Migration post-nuptiale 2006
 

En dehors des quelques sites où se reproduit l’espèce, quelques départements fournissent des observations de grues lors de la période estivale : 1 oiseau est présent dans la Nièvre (58) fin juin, 3 oiseaux estivent dans le Cher (18) sur deux sites, 12 grues fréquentent le lac du Der le 8 juillet. Un vol de 30 individus survole l’Allier (03) le 25 août. Début septembre, 1 oiseau est présent en Charente-Maritime (17), l’effectif au lac du Der (51/52) est de 28 le 6. Ce mois voit quelques vols de migratrices très isolés et d’effectifs réduits : 12 oiseaux en Seine-et-Marne (77) le 17 et 9 en Haute-Vienne (87) le même jour. Dans le même temps, un oiseau est posé dans le Loir-et-Cher (41). Dès le 19 septembre, 6 grues sont présentes en Estrémadure au sud-ouest de l’Espagne. Habituellement leur arrivée s’effectue autour du 15 octobre ! Entre le 21 septembre et le 9 octobre, quelques départements observent des vols : le Cher (18), le Bas-Rhin (67), l’Yonne (89), les Pyrénées-Atlantiques (64), la Haute-Vienne (87), la Nièvre (58), la Vienne (86), la Creuse (23), le Puy-de-Dôme (63), l’Allier (03) ainsi que le Loir-et-Cher (41).  La première grue arrive au lac de Puydarrieux (65) le 28 septembre. Au total, 650 oiseaux sont concernés par ces premiers mouvements.

 Première vague
(10/10/06 – 18/10/06)

La journée du 10 octobre marque le véritable début de la saison de migration 2006 – 2007 pour la Grue cendrée. Dans la soirée, ce sont 1 700 oiseaux qui quittent le sol allemand en direction de notre pays. Dans la journée, 2 oiseaux survolent un département peu habitué à contempler cette espèce : l’Ain (01). Les départs outre-Rhin sont confirmés par les effectifs du lac du Der (51/52) et du lac du Temple (10) en Champagne où, respectivement, plus de 1 000 et 300 grues stationnent dès le lendemain. Ce jour, 10 000 grues supplémentaires quittent l’Allemagne, quelques oiseaux se font remarquer en plein Paris au dessus du quartier de Belleville, alors que d’autres sont signalés dans la Drôme (26). Les mouvements se poursuivent les jours suivants, de très nombreux départements faisant état d’observations de migratrices du quart nord-est de la France jusqu’à l’Aquitaine. Le 13 octobre, le Val-de-Marne (94) et l’Aude (11) sont survolés alors que les plus gros vols sont observés dans l’Allier (03) avec 3 000 oiseaux. Le lendemain, la Corrèze (19) compte 1 900 grues, la Nièvre (58), 4 900 et la Haute-Vienne (87), plus de 6 000 oiseaux. Les premières grues arrivent sur le site d’Arjuzanx (40). Quelques oiseaux sont en Isère (38) et d’autres dans le Gard (30). Des grues claironnent au-dessus de Bordeaux (33) dans la nuit du 13 au 14. Le 15 octobre, c’est au tour du site de Cousseau (33) d’accueillir les premiers oiseaux de la saison. Les bénévoles d’OCL nous informent que 1 500 grues franchissent dans la journée l’un des cols pyrénéens (64) qu’ils suivent. Quelques oiseaux sont observés dans le ciel de la Saône-et-Loire (71) le 16, et plus de 500 stationnent à Arjuzanx (40). Le 17 est une nouvelle journée importante en Allemagne avec plus de 11 000 oiseaux en mouvement. En France, des départements très à l’est sont concernés comme le Doubs (25) ou au contraire à l’ouest comme la Sarthe (72), l’Essonne (91), le Loiret (45) et le Loir-et-Cher (41). Les Bouches-du-Rhône (13), elles-aussi, font part d’observations. A la fin de cette première vague de migration, le lac du Der (51/52) accueille près de 20 000 oiseaux. Ce premier épisode de la migration des grues concerne environ 37 000 oiseaux.

Carte 1 : Nombre cumulé de Grues cendrées lors des mouvements
du 10 octobre au 18 octobre 2006

Départs du lac du Der et arrivées diffuses d’Allemagne
(27, 30 et 31/10/06)

 

Entre le 19 et le 26 octobre, c’est une période calme, la migration est, en effet, faible. Signalons pour l’anecdote que quelques grues profitent du paysage de Haute-Savoie (74). Plus de 27 000 oiseaux sont présents au lac du Der (51/52), une grande partie de ces oiseaux quittent cette région le 30. Ainsi, l’ensemble des départements situés au sud-ouest de la Champagne contacte des migratrices avec parfois des effectifs impressionnants, 15 000 en Haute-Vienne (87) notamment. Assez rare pour être signalé, un important vol est observé dans les Alpes-de Haute-Provence (04) et un second dans les Hautes-Alpes (05) le lendemain. Le 31 octobre justement, il reste moins de 1 000 grues au lac du Der (51/52), un record depuis plus de 15 ans pour cette période de l’année ! Entre le 22 et le 31 octobre environ 6 000 grues arrivent en France.

Plus importante vague de migration
(1/11/06 – 12/11/06)

Le début du plus grand mouvement de cet automne 2006 débute le 1er novembre de façon discrète. Quelques centaines de grues prennent le départ depuis l’Allemagne. A partir du 2 en soirée, le phénomène se précise et ce sont cette fois 14 000 oiseaux qui sont en direction de la France. Ces grues vont alors voyager de nuit, autour de 3h00 du matin. La Lorraine, le Bas-Rhin (67), la Champagne sont survolés. Certaines poursuivent leur voyage vers le sud-ouest. Au cours de la journée du 3, les départs d’Allemagne se poursuivent et de quelle manière ! Ce ne sont pas moins de 446 vols comptabilisant au total 81 500 grues qui s’apprêtent à rejoindre notre pays ! Certains départements dénombrent d’importants effectifs comme la Nièvre avec 20 000 individus le 4. Avec toute cette agitation, les sites de stationnement voient eux aussi leurs effectifs en augmentation : 1 700 sur le site de Lachaussée (55) le 4, 3 000 au lac du Temple (10) le 8, 11 200 à Arjuzanx le 9, 1 300 sur un site de la Vienne (86) le même jour. Le chiffre du 5 novembre au lac du Der (51/52) est intéressant à analyser. Il n’y avait que 26 000 grues le 5, ce qui, compte tenu de l’ampleur de la migration, démontre que de nombreux oiseaux ont poursuivi leur route sans escale en Champagne humide. Lors de ces 12 jours nous pouvons estimer que 103 000 Grues ont effectué un mouvement de migration.

Carte 2 : Nombre cumulé de Grues cendrées lors des mouvements
du 1 novembre au 12 novembre 2006

Nouvelle vague de migration (24/11/06 – 3/12/06)

Après une période relativement calme ponctuée par des journées plus intenses, une nouvelle vague de migration s’instaure à partir du 24 novembre. A partir de cette journée, plusieurs centaines de grues vont quitter l’Allemagne jusqu’au 26, puis des milliers entre le 27 novembre et le 2 décembre. En France, la migration se traduit par des vols observés dans les Vosges (88), l’Aisne (02), les Ardennes (08) ou bien encore la Charente (16). Les effectifs les plus importants se trouvent dans des départements situés au cœur du couloir de migration de l’espèce. La Nièvre observe respectivement 10 100 et 11 300 grues les 28 et 29 novembre, l’Yonne note plus de 2 500 oiseaux le 28. Près de 11 900 grues ont choisi Arjuzanx pour faire halte le 30. Le site du lac de Puydarrieux (65) accueille 382 grues à la fin de cette période. L’épisode aura vu le mouvement d’au moins 55 000 oiseaux.

Départs d’Allemagne
(10/12/06 et 11/12/06)

Ces deux journées sont marquées par des départs d’Allemagne, environ 1 700 oiseaux. Ces oiseaux sont contactés ensuite dans le nord-est de notre pays. Le département de l’Yonne (89) dénombre 1 800 oiseaux dans la seule journée du 11, une partie de ces oiseaux en provenance d’Allemagne renforcée très probablement par des oiseaux ayant quitté le lac du Der (51/52). Loin de notre pays, 3 grues sont observées au Maroc.

Départs de Champagne
(14/12/06 – 16/12/06)

Un nombre important de grues quitte la Champagne lors de ces 3 jours. Les départements situés en direction du sud-ouest sont témoins du phénomène. Les effectifs en migration active sont les plus importants le 15, dans les départements du centre du pays. Citons le Cher (18) avec environ 10 000 grues et la Nièvre (58) autour de 5 200. Les oiseaux continuent de se diriger vers le sud-ouest le 16. Au total, ces départs concernent 12 000 grues.

Encore des départs d’Allemagne
(19 au 21/12/06 et 26/12/06 – 27/12/06)

Le dernier mouvement d’ampleur de cette saison postnuptiale 2006 a lieu durant cette période. Au total, près de 500 grues ont rejoint la France en l’espace de 9 jours. L’effectif sur le site d’Arjuzanx atteint 18 500 le 21 décembre. De l’autre coté des Pyrénées, en Espagne, la région de Gallocanta accueille 10 000 grues et celle de l’Estrémadure environ 6 500 individus.
 

Une dernière vague inattendue
(24 – 27/01/07)

Quelques vols en direction du sud-ouest sont signalés dans le centre de la France entre le 11 et le 21 janvier 2007. A partir du 23, des départs de grues depuis la région d’hivernage de Diepholz en Allemagne donnent lieu à une vague très tardive de migration. Plus de 2 000 grues sont ainsi notées dans la partie centrale de la France (Allier, Nièvre, Cher) pendant 4 jours, essentiellement le 26. Une partie de ces grues traverse la France ; d’autres groupes s’arrêtent dans le pays, notamment dans le centre, ce qui est prouvé par 3 contrôles de grues baguées ! Ces grues y restent pendant presque un mois.

Bilan migration postnuptiale 2006

Au cours de la migration postnuptiale 2006, 204 000 grues ont été observées en migration active en France. Ce nombre est légèrement inférieur à celui de l’automne précédent mais reste cependant très élevé. Les stationnements importants en Champagne et les migrations principalement diurnes d’octobre ont facilité l’observation des vols à travers le territoire. La Nièvre, par exemple, a contacté plus de 115 000 migratrices, plaçant cette saison en 3ème position en nombre d’individus après 2004 et 2005.

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