La Grue cendrée en France
Migrations et hivernage
Saison 2008/2009

Migration post-nuptiale 2008    Hivernage 2008/2009      Migration pré-nuptiale 2009
 

   

Le phénomène de la migration conduit les oiseaux de leurs zones de reproduction à celles d’hivernage à l’automne et dans le sens inverse au printemps. Dans notre pays, les principaux mouvements de Grues cendrées ont lieu à partir du mois d’octobre. Les retours débutent dès février et se poursuivent en mars. Bien que la migration concerne de très nombreuses espèces, celle de la Grue cendrée reste l’une des plus spectaculaires. La taille et les cris des oiseaux, ainsi que les vols en forme de "V" ou en longue ligne permettent à la plupart d’entre nous en levant les yeux au ciel de profiter du spectacle de ces infatigables voyageuses.

Les Grues cendrées se reproduisent essentiellement en Russie, Scandinavie, Pologne et  Allemagne. Lors de leur migration, elles constituent de larges rassemblements avant de prendre le départ vers la France et l’Espagne (voie de l’ouest). D’autres voies de migration existent par ailleurs : plus à l’est les grues rejoignent l’Afrique du Nord en passant par le sud de l’Italie (voie centrale), ou bien encore gagnent la Turquie en longeant ou en survolant la Mer Noire (voie de l’est).

Ce document vise à dresser le bilan de la saison de migration 2008 / 2009 en France et de comparer les effectifs hivernants par rapport aux années précédentes. Merci à l’ensemble des observateurs nous ayant fait parvenir leurs observations ainsi qu’au Réseau Grues France (cf liste).
 

Migration post-nuptiale 2008
   

Première agitation dès septembre

(02/09/08 – 15/09/08)

 

 

Alors qu’en Allemagne, les effectifs augmentent rapidement sur l’île de Rügen : 6 500 grues le 4 septembre et 10 250 le 11, la France connaît des mouvements perceptibles assez précocement. En effet, dès le 2, un groupe de 25 oiseaux survole la Haute-Vienne en fin de journée. Le même phénomène est signalé le 9 dans le Loiret avec deux groupes de migratrices. Nos voisins belges voient également quelques passages de grues, certaines y stationnant également comme ces 25 posées le 11 septembre. Le même jour en France, 22 migrent en soirée dans la Marne et 25 dans l’Yonne cette fois tôt en journée. Le 13, en Meurthe-et-Moselle, 1 petit groupe est observé en migration. Le lendemain, 6 départements sont survolés ce qui, compte tenu de la date, est assez remarquable. Ces six départements sont la Meuse, l’Aube, la Haute-Marne, la Nièvre, l’Indre et la Haute-Vienne. Le 15, de nouvelles arrivées sont signalées au Lac du Der (51/52), une est vue en Charente-maritime et 9 migratrices franchissent déjà les Pyrénées pour rejoindre l’Espagne en passant par les Pyrénées-Atlantiques et les Hautes-Pyrénées. Une autre grue se pose sur le plateau de Lannemezan (65). Ces mouvements précoces ont concerné environ 500 grues.

Une première vague de migration précoce

(25/09/08 – 13/10/08)

Dès le 24 septembre, un vol de plus de 100 grues est observé en Belgique. Le lendemain, en Allemagne, alors que 36 000 grues sont à Rügen, 850 sont observées en migration dans la région de la Hesse entre 15h et 17h. Des oiseaux arrivent en France, dans la nuit, par le Nord-est. Le 26, cette première vague de migration se propage en direction du Sud-ouest ; l’Yonne, la Nièvre, l’Allier, la Corrèze, le Lot-et-Garonne et les Pyrénées-Atlantiques sont concernés. Durant les jours suivants de nouveaux départements signalent des grues comme l’Aube, la Dordogne, l’Ain, la Loire ou bien encore la Moselle. Les effectifs sont parfois importants pour un début de saison : 600 migrent dans la Nièvre le 28 septembre et 460 dans l’Allier le même jour. Plus de 500 oiseaux sont stationnés au lac du Der (51/52) et 227 sont dénombrés sur le site de Gallocanta en Espagne le 28. La première grue arrive sur le site de Puydarrieux (65) ce même jour. Le 29, c’est au tour du site d’Arjuzanx (40) de voir arriver ses 6 premières grues. Ces mouvements se poursuivre jusqu’au 13 octobre et auront concerné environ 5 300 grues.

Première grosse vague 

(18/10/08 – 20/10/08)

 

La première véritable grosse vague de migration de cette saison commence le 18 octobre. En effet, plus de 12 000 grues quittent simultanément le sol allemand en 80 vols. Dans le même temps, 2 600 migrent dans la Nièvre. Le 19 octobre, 3 870 grues sont posées sur les îlots du lac du Der (51/52) alors que d’autres poursuivent leur voyage. Des grues sont observées de la Moselle au Pyrénées-Atlantiques sur la diagonale traditionnelle de migration. Au moins 13 000 grues sont passées lors de cette première importante vague de migration.

Deux grosses vagues successives

(22/10/08 – 4/11/08)

 

Le 22 octobre, un mouvement d’ampleur s’amorce en Allemagne. Le lendemain, entre 19h00 et 00h00, 5 000 grues survolent la Hesse. A noter que ce même jour, 25 grues sont signalées en migration en Tunisie. Le 24, en France, les vols deviennent plus nombreux et sont composés de plus d’oiseaux. Ce sont plus de 12 000 oiseaux qui quittent l’Allemagne entre le 24 et le 25, oiseaux que l’on retrouve par la suite dans nos différentes régions comme la Lorraine, la Champagne-Ardenne, la Bourgogne, l’Auvergne, le Limousin et l’Aquitaine. Comme souvent l’Allier et la Nièvre voient passer un nombre considérable de grues en une journée : 12 400 et 15 500 respectivement. Pour la première fois de cet automne, des oiseaux sont signalés sur l’arc méditerranéen, dans les Pyrénées-Orientales pour être précis. Les effectifs du lac du Der (51/52) témoignent de l’importance des mouvements puisque 22 150 grues sont dénombrées le 26 au matin. Le même jour, 200 grues fréquentent le site de Lachaussée (55). Le millier d’oiseaux est atteint à Arjuzanx (40) le 27 octobre. En Gironde, sur le site de Cousseau, 30 grues sont présentes le 28. Malgré le brouillard, la migration se poursuit, notamment dans l’Aube le 29. Pendant ce temps, des milliers d’oiseaux continuent de prendre la direction de notre pays. Les stationnements se multiplient alors : le 30 octobre, 100 dans le Val d’Allier ; le 1er novembre, 1 000 sont posées sur le site de Lachaussée (55). Le 2, le lac du Der compte 59 000 grues, effectif qui sera le plus important de cette saison. Dans l’Allier, 3 000 sont présentes sur les bords de la rivière du même nom. Toujours le 2, d’importants groupes sont observés en migration au dessus du Nord. Le 3 novembre,  4 000 grues sont au barrage de Lavaud (16) et autant fréquentent les prairies autour de l’Etang des Landes (23). Plus de 6 000 oiseaux ayant quitté le lac du Der (51/52) un peu plus tôt sont notés en migration dans l’Aube. Le 4, la vague poursuit sa progression vers le sud-ouest. Les effectifs notés en migration restent toujours importants. Le site de Puydarrieux (65) accueille 124 grues. Ces deux vagues de migration auront concerné environ 83 000 grues.  

Quatrième et dernière grosse vague

(13/11/08 – 25/11/08)


 

La principale vague de migration de l’automne débute le 13 novembre en Allemagne. Ce sont près de 30 000 grues qui sont notées en migration entre 13h30 et 17h45 en Hesse. Comme à l’accoutumée, ces oiseaux commencent à arriver dans notre pays dans la soirée et dans la nuit par le nord-est. Le lendemain, 10 000 grues supplémentaires prennent le départ en direction de la France, où certaines des grues de la veille sont observées sur une large diagonale allant des frontières du nord-est jusqu’à la barrière pyrénéenne. Le 15 novembre est marqué par un passage sans précédent en Suisse. Ainsi, même chez nous, la Haute-Savoie est survolée, ce qui est plutôt rare ! Les journées des 17 et 18 novembre sont, sans conteste, celles qui auront connu la migration la plus intense de l’automne. En Allemagne, la seule journée du 17 signe le départ de 40 000 à 50 000 grues. Bien entendu, sur l’ensemble du couloir de migration, les chiffres s’affolent rapidement.  La Belgique est survolée par des milliers d’oiseaux à partir de 15h00, le Luxembourg est véritablement submergé par les grues, un observateur en compte 15 000 en seulement 1h30 ! Les données sont nombreuses également en France. Citons par exemple les 12 500 grues de la Nièvre, les 4 000 de l’Allier (plus de nombreux vols non comptabilisés), les 2 100 du Puy-de-Dôme ou bien encore les 1 500 de Charente-Maritime ! Le 19 novembre, les passages se poursuivent, la palme revient très largement à la Haute-Vienne où sur un seul point d’observation plus de 22 500 oiseaux ont pu être comptabilisés ! Dans ces conditions, l’estimation du passage peut être d’au moins 30 000 grues. Les effectifs de stationnement sont alors importants un peu partout : 50 à 60 000 grues au lac du Der (51/52), 5 à 6 000 sur les lacs aubois, 1 500 sur le site de Lachaussée (55), 800 à 1 000 à l’Etang des Landes (87) le 22, environ 4 000 pour les sites du centre de la France le 23, 27 000 à Arjuzanx (40) et 1 265 sur le site de Puydarrieux (65) le 25. Lors de la journée du 24, de nombreuses grues ne pouvant pas franchir les cols pyrénéens à cause du mauvais temps se posent ici et là. Cette vague d’ampleur aura concerné 92 000 oiseaux.

 Carte 1 : Nombre cumulé de Grues cendrées lors des mouvements
du 13 au 25 novembre 2008

 

Départs du lac du Der

(7 et 8/12/08)


 

Alors qu’au lever du jour le 7 décembre, 30 800 grues sont encore stationnées au lac du Der (51/52), la matinée va voir le départ de très nombreuses migratrices. Les bonnes conditions météorologiques incitent les grues au voyage et le passage des oiseaux entre 12h00 et 13h00 dans l’Aube est très sensible. Par la suite, ces grues sont signalées dans la Nièvre où 6 500 individus sont vus. A celle-ci, il faut ajouter les 2 630 oiseaux qui ont été vus dans le Cher sur un axe de migration différent. Après avoir atteint le maximum de 17 550 grues le 1er décembre, le nombre de grues sur le site d’Arjuzanx (40) redescend à 11 420 le 8.

Encore des arrivées d’Allemagne

(14/12/08 et 24/12/08 – 31/12/08)

Entre le 8 et le 13 décembre, la période est assez calme sauf pour les sites aquitains qui accueillent un grand nombre d’oiseaux. Le site de Cousseau en Gironde bat son record avec 650 individus observés le 13. Le 14 décembre, 360 oiseaux supplémentaires rentrent en France. Des descentes tardives d’Allemagne se poursuivent entre le 24 et le 31 décembre pour un total de 7 000 oiseaux. Les effectifs contactés dans certains départements sont importants, notamment le 26 où 4 900 oiseaux sont observés en Haute-Vienne et près de 3 000 dans la Nièvre. Dans le même temps, un site du Cher bat son record de fréquentation avec quelques 6 500 grues le 28. Les 20 000 grues sont atteintes à Arjuzanx (40) le 29 décembre.
 

Chassé-croisé

(31/12/08 – 2/01/09)

 

Un phénomène se produit quasiment tous les ans mais surprend généralement beaucoup de monde. En fait, alors que des oiseaux poursuivent leur migration en direction du sud-ouest, d’autres reprennent le chemin du nord-est, si bien que nous assistons à un véritable chassé-croisé aérien. Dès le 31 décembre, un groupe de 60 grues se dirigent vers le nord-est alors que la migration dans l’autre sens se poursuit. Le 1er janvier, des groupes remontant également sont observés dans les Ardennes, la Moselle et le Puy-de-Dôme. Le 2, c’est au tour de la Marne d’être concernée. Ces mouvements sont assez étonnants compte tenu de la vague de froid qui touchait l’Europe de l’ouest à cette période.

 

Des grues quittent le lac du Der en direction du sud-ouest
(6 et 07/01/09)

Lors de ces deux journées, de petits vols sont observés dans les départements du centre de la France ainsi qu’en Charente-Maritime et en Charente. La Haute-Vienne et la Dordogne sont également concernées. Ces oiseaux ont, pour la plupart, quitté le lac du Der (51/52).

Bilan migration postnuptiale 2008

Ce sont plus de 206 000 grues qui ont été observées en migration active en France lors de la migration postnuptiale 2008. Ce nombre est supérieur à celui enregistré lors de l’automne précédent. Rappelons que, selon les années, plus ou moins d’oiseaux passent inaperçus car la migration s’effectue aussi bien le jour que la nuit.

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