Protection des Sternes pierregarin
Photo : Alain Balthazard

Entre France et Sénégal :

Mobilisation des enfants autour des sternes

 

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"Des enfants au secours des sternes au Sénégal", tel est l'intitulé de l'action menée depuis fin 1999 par la LPO Champagne-Ardenne avec le soutien de la Fondation Nature & Découvertes. Un programme de jumelage entre des écoles auboises et sénégalaises a été mis en place afin de sensibiliser les enfants à la protection des sternes et de leur faire découvrir les richesses de leur patrimoine naturel.

La fin du mois d’avril annonce leur retour. Leur silhouette élancée à queue effilée, leur vol rapide facilement reconnaissable et leur cri nous redeviennent tout de suite familiers. Elles, ce sont les Sternes pierregarins (Sterna hirundo), les "hirondelles de mer ". Ce surnom étant d’ailleurs bien suranné, pas plus qu’une hirondelle ne fait le printemps, une sterne ne fait pas une hirondelle … et nous sommes dans l’Aube, bien loin de la mer.

Pourquoi cette protection ?
Parmi les 5000 couples estimés de la population française, plus d'un millier choisit les rivières intérieures pour nicher. Le bassin de la Haute-Seine en accueille environ 200 ; 80 couples sur les grands lacs aubois, une cinquantaine sur le lac du Der, et le reste sur différentes gravières ou lits de sable de la Seine ou de ses affluents. Il n’en a pas toujours été ainsi. Il y eut d’abord l’époque où les fleuves et les rivières étaient sauvages. Les sternes nichaient alors sur les îlots de sable découverts par la baisse des niveaux d’eau. Pour satisfaire aux besoins ou aux envies du monde moderne, les cours d’eau furent aménagés. Exit, les bancs de sable. A l’exception de certaines gravières, pas toujours accueillantes, les sternes avaient perdu leurs sites de nidification. Il fallait agir. Les oiseaux revenaient tournoyer au-dessus de nos rivières devenues grands lacs, certaines opiniâtres allaient mêmes jusqu’à s’installer sur un ponton ou sur une digue, des solutions de fortune en quelque sorte, mais plus de réels sites de nidification adaptés.

La solution adoptée en Champagne ArdenneRadeau à sternes (Photo Didier Douet)
Parmi plusieurs solutions d’aménagements artificiels, la LPO Champagne Ardenne choisit de faire construire à l’automne 1991, sur les lacs aubois, cinq radeaux destinés à la nidification des sternes. La prise en charge financière fut assurée par l’Institution Interdépartementale des Barrages et Réservoirs du Bassin de la Seine (IIBRBS). Le Parc Naturel Régional de la Forêt d’Orient en finança deux autres par la suite. Il y a donc aujourd’hui plus de 50m² de grèves bien confortables, au sec, avec vue sur les lacs et accès direct aux zones de pêche. Le besoin était réel car les radeaux furent occupés dès le printemps 1992. Le " bec à oreille " fonctionna bien. En effet, la colonie n’a cessé de grandir depuis. Il n’est pas rare d’observer plus de 250 individus au début du printemps, au-dessus des deux zones de réserve où sont installées ces plates-formes. La grande majorité des oiseaux restant sur les lacs pour nicher.

Les dangers de l'hivernage en Afrique
Mission accomplie donc… ou presque... En effet, un autre danger guettait les sternes. Après avoir payé leur tribut aux risques de la migration post-nuptiale, elles subissent une chasse ludique de la part des jeunes africains habitant les côtes où elles passent l’hiver. Cette activité se pratique à peu près partout le long des côtes d'Afrique de l'Ouest mais le Sénégal est, avec le Ghana, le pays où la capture de sternes est la plus importante. Cette capture n'est pas une activité alimentaire mais se fait plutôt par jeu.

Depuis plusieurs années, les associations de protection de la nature sont sensibles à ces destructions. La Royal Society for Protection of Birds (RSPB) a lancé un vaste programme d'étude et d'éducation au Ghana. La LPO a, quant à elle, entrepris une étude scientifique et un programme de sensibilisation et d'éducation à l'environnement auprès des enfants sénégalais. Il s'agit de faire diminuer le piégeage des sternes par les enfants et de leur faire prendre conscience des conséquences fatales de leurs jeux. Ainsi, afin de développer les échanges entre l'Europe et l'Afrique, des programmes de jumelage ont été lancés. Le nombre de piégeurs est en effet bien plus faible dans les écoles jumelées que dans les autres grâce, en particulier, aux documents envoyés par les jeunes européens à leurs camarades sénégalais.

La mise en place du jumelage
Support de la campagne LPO au SénégalCe type de jumelage présente l’intérêt d’impliquer en premier lieu les jeunes français. Cette sensibilisation de nos " têtes blondes " à la protection de la faune sauvage n’etait pas, à nos yeux, dénué de sens sous nos latitudes, elle revêtait même un intérêt particulier. La protection des sternes, moteur de l’action, était aussi vecteur de communication entre enfants de deux continents si différents. Notre choix était donc fait. Nous allions nous aussi apporter notre pierre à cet édifice et nous lancer dans l'aventure d'un jumelage. Le service international de la LPO nous ayant fourni une liste d’écoles sénégalaises candidates à la correspondance, restait le plus important : qui allait avoir la lourde tache en tant qu’instituteur de mener à bien ce projet ? Il nous fallait trouver le ou la candidat(e) idéal(e). Dominique Morzynski, membre du groupe sternes et instituteur à Vauchassis (10) choisit de devenir un des lauréats. Bien que son école soit à plus de 60 km des lacs, il pouvait se charger de ce projet puisqu'il venait de se voir attribuer le cours moyen pour plusieurs années. Claude Bauerheim, institutrice à Laines-aux-Bois (10) était également intéressée.

L'aventure du jumelage : à la découverte des oiseaux et de l'Afrique
Depuis le début de l’année 2000 les échanges ont donc commencé entre :
- La vingtaine d’élèves du cours moyen de l’école primaire de Vauchassis et les quatre-vingt-treize enfants d’une classe de l’école Malick DIOP de Thiaroye sur Mer, dans la banlieue de Dakar.
- Les 17 élèves de CE2 et de cours moyen de l’école de Laines aux Bois et une centaine d’enfants issus de deux écoles de Popenguine, petit village de pêcheurs à 70 km au sud de Dakar.

Cette première année scolaire aura essentiellement servi à nouer des contacts. Contacts entre écoliers bien sûr, mais surtout contact de nos enfants avec l’oiseau libre et son milieu. Sylvie, animatrice à la LPO Champagne Ardenne s’est rendue au printemps dans chacune des deux écoles. A l’aide de diapositives et de vidéos, elle a fait découvrir aux enfants les oiseaux en général, et les sternes en particulier. Nous nous sommes même laissés dire que des ailes ont poussé à certains d’entre eux. Rien de tel que de s’accrocher des toiles autour des bras et de se positionner dans le vent ! On est tout de suite prêt à s’envoler ! Les jeunes gardent tous un excellent souvenir de cette première journée.

Puis vint le jour tant attendu de la visite aux sternes … Le car passa chercher les deux classes un matin de mai. Direction les grands lacs de la forêt d’Orient.
Devant les digues, rappel de la dernière leçon de géographie au cours de laquelle les enfants avaient appris ce qu’étaient ces réservoirs artificiels et quel était leur rôle. Et puis, finis les discours, on rentre enfin dans le concret. Tout le monde descend du car, on prend sa paire de jumelles et on observe ! " On observe quoi au fait ? ", nous ont demandé les enfants. " Vous observez les oiseaux, vous notez leurs formes, leurs couleurs, leurs comportements, il faudra ensuite les reconnaître à l'aide d'un guide.  " Tous, ils se sont alors attelés à dessiner et à décrire les foulques, les Grèbes huppés et les colverts, hôtes habituels de nos lacs à cette époque de l’année. Clin d’œil au destin, après avoir porté le regard un peu plus loin, un peu plus haut, certains ont découvert le vol élégant de petits oiseaux aux cris stridents. Il s’agissait de trois Sternes pierregarins et de deux Guifettes noires. Nous ne pouvons nous empêcher de sourire, petit plaisir minuscule, elles étaient fidèles au rendez-vous! La journée passa ainsi jusqu’au moment tant attendu. A l’issu d’un solide casse-croûte, et après avoir marché jusqu’au bout de l’ancienne route qui mène à l’étang du Rossignol, au détour d’un bouquet de saules, les jeunes aubois ont enfin découvert les sternes. Nous aurions du avoir quarante longues-vues et les mettre toutes en service. Les enfants se bousculaient pour bien enregistrer l’image de leur silhouette.

La seconde journée sur le terrain eut comme destination en juin 2000, les rives du lac du Der, autre immense réservoir de la région. Nos jeunes étaient alors plus familiarisés avec le fonctionnement des jumelles et des longues-vues. Depuis l’observatoire de Chantecoq, ils ne s’étonnaient même plus de reconnaître une foulque, ni de voir plonger un grèbe. Les radeaux sont installés ici plus près des berges, et la digue les surplombe légèrement. De ce fait, les oiseaux y sont plus faciles à observer. Nous espérions pouvoir leur faire découvrir des poussins, mais même à la longue–vue, ce ne fut pas suffisant, et il était malheureusement encore un peu tôt en saison pour observer les premiers jeunes volants.

Autre temps fort, les envois de courriers. Il y a toujours au fond de la classe un ou deux colis en préparation. Au fur et à mesure de leurs ateliers nos deux classes ont confectionné, chacune à sa façon une correspondance avec l’Afrique. Laines aux bois eut la chance de pouvoir confier à Céline des colis, des appareils photos jetables et leurs derniers courriers. Elle se rendait au Sénégal, elle fut leur messagère particulière, en même temps que leur coursière personnelle. Elle en revint chargée de trésors. Non seulement elle ramenait des photos de Popenguine, mais aussi des courriers personnalisés adressés à chacun des élèves de la classe de Claude. Le jumelage prit ce jour là un jour nouveau pour les enfants. Ils n’écrivaient plus simplement à une école au Sénégal, ils avaient maintenant des correspondants ! Correspondants dont ils connaissaient les noms et les prénoms, et dont ils découvraient les visages sur des photos. Ce doit être la même chose dans quantités de salles de classe de part le monde mais ce moment là conservera toujours sa magie.

Pour l’instant nous avons peu de retour d’Afrique, et rien qui puisse nous dire que l’action débouchera sur une baisse sensible des destructions. Mais, chaque fois qu’un gosse ici ou là-bas, plutôt que de piéger les sternes ou de tirer sur des "piafs " se mettra à écrire à son copain de l’autre continent, qu’il lèvera le nez de sa feuille pour contempler un oiseau qui passe, on ne pourra s’empêcher de sourire !

Un tel programme n'aurait pu voir le jour sans l'aide financière de la Fondation Nature & découvertes, sans l'implication des bénévoles et sans la motivation des enfants et des instituteurs de Vauchassis et de Laines-aux-bois qui y ont consacré du temps et de l'énergie. Qu'ils en soient tous remerciés !

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