Effraie des clochers

effraiePrésentation de l'espèce (Tyto alba)

Bio-indicateur milieu bocager et agricole

Rapace nocturne de la famille des Tytonidés, l'Effraie est attachée au bâti pour sa nidification et aux espaces ouverts pour son alimentation. Son régime alimentaire est axé sur les petits mammifères et particulièrement les rongeurs, le Campagnol des champs constituant sa proie principale. Les modifications apportées par l'homme ont contribué à l'extension de cette espèce plutôt méditerranéenne. Sédentaire, sa population connaît des fluctuations d'effectifs selon les conditions météorologiques et la disponibilité en nourriture. Relativement facile à suivre, elle constitue un bon indicateur de la qualité des milieux ouverts dont elle dépend.
Menacée par plusieurs facteurs d'origine anthropique, elle est inscrite à l'annexe II de la Convention de Berne sur la Conservation de la vie sauvage.

Menaces

Les populations européennes de ce rapace pourtant encore commun, sont considérées comme "en déclin continu". Plusieurs facteurs interviennent dans ce déclin. La modification des pratiques agricoles qui a provoqué la diminution du bocage, mais aussi des zones tampons comme les haies et les friches, garantes d'une certaine diversité et refuge des espèces proies ; l'utilisation des produits phytosanitaires, qui s'accumulent dans les chaînes trophiques et particulièrement chez les prédateurs. En parallèle, le mode de chasse nocturne de l'Effraie l'expose aux risques de collision avec le trafic routier ; elle fait partie des espèces les plus durement touchées.
D'autres cas de mortalité directe menacent l'effraie plus que d'autres espèces : elle est victime d'électrocution ou de heurts avec les câbles électriques aériens ; elle se piège elle-même en pénétrant dans des conduits de cheminée ou dans des bâtiments dont elle ne peut ressortir ; elle se noie dans des abreuvoirs ou des cuves métalliques, etc...
A ces causes directes de mortalité s'ajoute le fait que les sites de nids traditionnels se raréfient, principalement en raison de l'évolution du bâti, qui n'offre plus les potentialités de l'ancien pour la faune sauvage. Le manque de sites adéquats se répercute sur le succès de reproduction. Cependant l'effraie est un rapace très prolifique lorsque les conditions lui sont favorables, ce qui permet aux populations de compenser en partie au moins la forte mortalité dont elle est victime.

 

Effectif et statut

Europe : 110 000 – 2200 000 couples (inscrit sur la liste rouge européenne « espèce en déclin »)
France : 20 000 - 50 000 couples (inscrit sur la liste rouge française «espèce en déclin »)
Champagne-Ardenne : absence d'estimation (inscrit sur la liste rouge régionale « espèce à surveiller »)

 

Description du suivi régional

Un suivi de la reproduction est assuré par la LPO et l'association La Choue sur 2 secteurs distincts : les abords du lac du Der (depuis 2004) et le sud de la Haute-Marne (depuis les années 80). En 2008, un nouveau dispositif a été lancé en Champagne Humide par le CPIE du Pays de Soulaines dans le cadre d'un programme SPOL-Effraie (CRBPO/MNHN) et vient compléter la première zone. L'installation de nouveaux sites artificiels (nichoirs) est envisagée, pour permettre une meilleure répartition des sites potentiels, et ainsi avoir un maillage homogène et un meilleur suivi de la population.

Les suivis s'articulent autour de l'étude de la reproduction et du baguage des oiseaux (personnes qualifiées par le CRBPO).
Les sites suivis sont des sites de nidification régulièrement utilisés par l'effraie (clochers, pigeonnier, grenier, etc.) ainsi que des nichoirs placés à son attention. A partir du mois d'avril, des visites des sites sont planifiées, les oiseaux capturés sont bagués, la taille des pontes ou des nichées est enregistrée. Par la suite, les nichées sont suivies pour observer le succès de reproduction et le comparer à celui des années précédentes.

L'Effraie des clochers fait par ailleurs l'objet d'une action de protection où s'investissent les associations naturalistes locales.

 

Tendances (en cours d'actualisation)

Les importantes variations annuelles sont dues aux fluctuations naturelles et ordinaires chez l'Effraie des clochers. En effet, le succès de reproduction annuel est directement influencé par l'abondance des espèces proies (le campagnol des champs principalement). Après 2009 qui fut une année catastrophique, puis 2010 qui vient contrebalancer la tendance, les années 2011 et 2012 permettent de retrouver le niveau de population de 2008. Le taux d'occupation des sites est plus élevé en raison d'une bonne survie des poussins pendant l'hiver, provoquant une recolonisation en masse des sites disponibles, certains désertés depuis l'épisode de 2009. En 2012, la population s’est encore renforcée et le taux d’occupation poursuit sa progression.

En 2013, nouvel épisode catastrophique. La reproduction est quasi inexistante chez l’effraie. Après un pic de pullulation en 2012, les populations de rongeurs s’effondrent complètement dans l’hiver et le printemps très pluvieux accentue le phénomène. On passe d’une centaine de pontes répertoriée en 2012 à seulement 5 en 2013, et de 330 poussins à 18 ! Précisons que dans la zone du sud de la Haute-Marne, aucune tentative de reproduction n’a été enregistrée. Étonnamment, la taille moyenne des nichées à l’envol est classique et ne reflète pas ce qu’on attendrait d’une mauvaise année, mais d’une part l’échantillon est très faible et d’autre part, deux nichées de 5 poussins tirent cette moyenne vers le haut. 2012 et 2013 auront donc vu se succéder les deux extrêmes, montrant la très grande fluctuation de la reproduction chez l’Effraie des clocher.

 

2014 et 2015 sont des années similaires à 2010 et 2011, c’est-à-dire une phase de croissance succédant à une année catastrophique. Cependant, les taux occupations des sites ne sont pas équivalents à la précédente phase de croissance observée en 2010 et 2011.

Ainsi, le taux d’occupation des sites passe de 32,8 % en 2014 à 52,1 % en 2015, avec une occupation plus importante en Champagne humide. De même, le nombre de poussins est de 153 pour la Champagne humide et de 10 pour le Sud Haute-Marne, totalisant 163 poussins pour 2014, alors qu’en 2015 ce sont 264 poussins qui ont vus le jour, 224 pour la Champagne humide et 40 pour le Sud Haute-Marne.

Pourtant, le succès de reproduction en 2014 est supérieur à celui observé en 2015 (année avec un taux d’occupation des sites plus important). En effet, ce sont en moyenne 4,5 jeunes par nichée en 2014 contre 3,9 jeunes par nichée en 2015.

On peut craindre que la population d’adultes ait fortement souffert de l’épisode 2013, tant par la mortalité hivernale que par l’absence de renouvellement. L’Effraie a montré sa capacité à reconstituer rapidement ses effectifs entre 2009 et 2012. Il en est de même pour 2014 et 2015, mais dans une moindre mesure. Le soutien de la population par l’installation de nichoirs prend tout son sens à la faveur de ces épisodes critiques.

 

Graph effraie

 

Taux d'occupation des nichoirs et succès de reproduction de l'Effraie des clochers de 2008 à 2015

 

Structures participant au suivi :
LPO agir pour la bio sans fond red cpie choue